vendredi 16 mars 2012

Les parrains


Déjà en 1962, on se souciait de limiter la possibilité d’être candidat à l’élection présidentielle en prévoyant 100 signatures d’élus répartis sur le territoire national.
Il semble que c’était insuffisant pour éviter les candidatures d’hurluberlus tels que les représentants des éleveurs de puces d’eau du canton de Mouthoumet, des homosexuels habitant les nombres impairs des rues orientées Nord-Sud, ou encore du fan club de Bobby Lapointe.
En effet en 1976 on passait à la notion de parrainage d’élus et on augmentait le nombre de ceux-ci à 500, répartis sur au moins 30 départements ou collectivités d’outre-mer.
On comprend, vu le coût pour la collectivité des campagnes électorales et la nécessité d’un accès égal aux médias pour tous les candidats, que soit recherché le moyen de limiter la cohorte des impétrants.
Ces lois ont produit l’effet souhaité : la réduction du nombre de candidats potentiels. Elles n’ont pas pu empêcher les candidatures que l’on qualifiera d’originales pour ne pas se faire d’ennemis inutiles.

Mais cette loi, comme toute loi, a des effets pervers, dont certains nuisent à l’exercice d’une démocratie moderne.
Le premier est l’occupation par trop importante de l’espace médiatique par le sujet des parrainages lui-même. Durant toute la pré-campagne, il constitue la principale question posée aux candidats potentiels non issus des partis ayant de nombreux élus. Or ceux-ci peuvent être porteurs d’idées originales qu’ils n’ont pas le loisir de développer.
Le deuxième effet est le risque que certains candidats dont personne ne nie la qualité d’homme d’état n’obtiennent pas un nombre suffisant de parrainages. Cette dérive a pu être observée lors de cette pré-campagne pour au moins deux candidats (J.-P. Chevènement et D. de Villepin).
Le troisième est la possibilité qu’une partie importante de l’électorat ne puisse pas exprimer son opinion au travers de l’élection présidentielle (le cas des électeurs du Front National a bien failli se produire (peut-être…).

Alors, il est possible de faire retomber la responsabilité de ces difficultés sur les candidats eux-mêmes. Certains sont tellement sûrs de leur notoriété qu’ils négligent l’importance du recueil des parrainages. D’autres se servent de la difficulté d’en obtenir pour passer pour les victimes d’un système qu’ils souhaitent mettre à bas. Il n’empêche que la situation actuelle n’est pas satisfaisante pour le bon fonctionnement de notre république. Ne pourrait-on pas exempter de parrainages certains candidats ayant eu des responsabilités gouvernementales de haut niveau ? Ne pourrait-on pas utiliser un panel de sondages réalisés par des instituts différents pour valider une candidature à quelques mois de l’élection ? Il y a sûrement des solutions à ce dysfonctionnement notoire de notre démocratie.

mardi 13 mars 2012

Série présidentielle sur toutes les chaines


On va nous l’infliger jusqu’à la caricature ! Le spectacle de la campagne électorale déroule un scénario particulièrement prévisible. Mais n’est-ce pas ce que nous aimons dans les séries américaines que nous sommes nombreux à regarder ?

Des acteurs bien connus qui finissent par quitter le plateau mais sont remplacés par des clones qui ont été introduits suffisamment tôt pour ne pas perturber le ronronnement du téléspectateur.
C’est le cas pour François Hollande, qui reprend le rôle laissé vacant par le départ de François Mitterrand. Les producteurs ont, lors d’un épisode, essayé Lionel Jospin qui a gravement fait chuter l’audimat. Hollande a repris l’attitude et les positionnements mitterrandiens : force tranquille d’un côté, ne faire peur à personne de l’autre.
C’est également le cas pour Marine Le Pen, qui fait preuve de plus de réalisme que papa Jean-Marie et de douceur dans le propos, mais ressort les ficelles usées de la victimisation pour les 500 signatures et le rejet déguisé de l’autre avec l’épisode de la viande hallal.
Pour sa part, Jean-Luc Mélenchon a retrouvé un rôle longtemps joué par Georges Marchais. A la gouaille de ce dernier, il ajoute un brin de culture du meilleur aloi. Ce rôle manquerait cruellement au casting. Il risque de ramener des téléspectateurs supplémentaires.

Certains acteurs voient un enrichissement de leur rôle et on leur confie l’essentiel du suspens.
Nicolas Sarkozy par exemple. La caractéristique du rôle qu’il joue est la prévisibilité dans l’imprévisibilité. On ne sait jamais lors de quelle séquence il va caresser l’électorat d’extrême droite en fustigeant certaines catégories de la population (chômeurs, immigrés) ou celui de gauche en citant Jaurès et en admonestant les financiers pour leurs errements. Ses revirements assurent une bonne part de la partie comique de la série.
François Bayrou, très souvent second rôle, devient un personnage récurrent, qui se trompe toujours, mais ne cesse de donner des leçons à tout le monde.

Il y a aussi des acteurs qui, fatigués de jouer un petit rôle, quittent volontairement la série. C’est le cas d’Arlette Laguiller et d’Olivier Besancenot, remarquables et attachants personnages secondaires.

Enfin, le casting du rôle, lui aussi récurrent, du vert est assuré par une officine au fonctionnement chaotique et incompréhensible, ce qui lui fait généralement choisir le plus mauvais acteur pour la série.

Les sondeurs participent au maintien en haleine des spectateurs en produisant, avant chaque pause publicitaire, un nouveau sondage. Le dernier en date verrait passer NS devant FH au premier tour, J-LM récupèrerait des voix de FH et NS des voix de MLP, FB végèterait et la descente aux enfers d’EJ se poursuivrait. C’est insoutenable !

lundi 12 mars 2012

Un accord en forme de plat de lentilles


L’AFP a rendu publics quelques éléments de l’accord intervenu entre le PS (Martine Aubry) et le MRC (Jean-Luc Laurent), qualifié de « contrat de législature ».

Les aspects politiques que l’on y trouve ne semblent pas montrer que les lignes auraient beaucoup bougé. Or Jean-Pierre Chevènement a présenté sa candidature à l’élection présidentielle pour « faire bouger les lignes ».
La reprise en main des acteurs de la finance par un contrôle public efficace, la ré-industrialisation du pays, une parité monétaire plus juste, le soutien prioritaire à l’investissement et à la recherche pour les PME, une politique de croissance à l’échelle européenne et le renforcement des moyens de l’école constituent des objectifs louables. Manquent cependant les moyens qui seront pris pour atteindre ces objectifs.

L’histoire récente montre que les accords politiques signés par le PS, y compris avec le MDC ou le MRC, ne valent que pour le papier qui les supporte et la publicité qui en est faite dans les médias. Leur contenu est oublié, voire nié dès le lendemain de la signature.

On appréciera donc l’affirmation par le seul MRC qu’il ne doit pas être porté atteinte à notre industrie nucléaire et à ses capacités, garantes d’une électricité moins chère et moins polluante. De même que le constat de désaccord sur la charte des langues régionales et minoritaires.

Le volet électoral de l’accord prévoit le soutien de 9 candidats MRC par le PS aux élections législatives (parmi lesquelles, sauf raz-de marée improbable, 7 circonscriptions sont imprenables à la droite). Le plat de lentilles est assez peu copieux ! Il n’est pas impossible que des candidats socialistes « dissidents »  se présentent dans ces circonscriptions. Ils seraient alors exclus, mais réintégrés bien sûr par la suite en cas de victoire. 

Les électeurs sont heureusement libres d’apporter leurs suffrages au candidat qui leur parait défendre au plus près leurs convictions. Ils sont assez éloignés des accords d’appareils. Les rapports de force au sein de l’électorat se mesureront à l’issue du premier tour de l’élection présidentielle.

jeudi 8 mars 2012

L'autonomie bidon des universités


En soi, l’idée de donner de l’autonomie à des structures dotées d’organes de direction démocratiquement désignées semble une excellente chose. On comprend donc que certains responsables élus des universités françaises institués chefs d'entreprises aient approuvé la loi relative aux libertés et responsabilités des universités, dite loi LRU.

Cette loi, proposée par Valérie Pécresse et votée en 2007, visait à faire en sorte que dans un monde vu sous son aspect concurrentiel, les universités de notre pays parviennent à un rang honorable. Divers classements, dont celui de Shanghaï ne situent pas en effet nos universités parmi les meilleures du monde. Les critères de jugement portent sur le nombre prix Nobel, le nombre de chercheurs les plus cités par leurs collègues, le nombre de publications dans les revues Science ou Nature, le nombre de publications indexées dans une base de données mondiale et enfin la taille de l’institution.
De fait, même si chaque critère en soi a du sens, la bibliométrie ne peut rendre compte à elle seule de la valeur d’une université. Cette valeur provient également de sa capacité de proposer une formation de qualité au plus grand nombre d’étudiants. 

Or, à quoi conduit une politique orientée essentiellement vers un meilleur classement international de nos universités ?

En premier lieu à une concurrence frontale entre elles. L’optimisation des critères de Shanghaï conduit à favoriser l’embauche de chercheurs et enseignants-chercheurs dont la production scientifique mesurée par les articles de revue, augmentera le ratio de l’université. Ceci, trop souvent au détriment de la qualité de l’enseignement.

Autre aspect de la loi LRU, le désengagement de l’Etat dans le financement de son système universitaire. Les institutions sont invitées à trouver un complément de financement auprès de partenaires industriels. Le sponsoring de la science n’étant certes pas une caractéristique des grands industriels français, ce partenariat, qui n’est pas en soi à rejeter, deviendra une obligation. Dans ce cas, les contreparties exigées pourront porter atteinte à la liberté du chercheur d’entreprendre des recherches fondamentales.

L’attribution de l’argent, mobilisé par le fameux grand emprunt, au monde de l’enseignement supérieur et de la recherche a été l’occasion d’expérimenter la mise en concurrence des universités. Outre une dépense d’énergie phénoménale pour constituer des dossiers, les responsables des universités ont été conduits à mettre en place des structures nouvelles sensées plaire aux évaluateurs, mais en réalité des « usines à gaz » mettant en péril le fonctionnement des institutions existantes.

Le credo des bienfaits de la concurrence qui anime l’action de nos actuels gouvernants aura ainsi conduit à une autonomie de façade, à la remise ne cause de structures qui donnaient très souvent satisfaction et enfin à l’incompréhension entre les responsables universitaires et une base tenue par nécessité à l’écart du montage des dossiers. Le bilan ne se mesurera pas en termes de millions attribués à l’enseignement supérieur et à la recherche, mais en déstabilisation complète du système.

lundi 5 mars 2012

L’Europe en campagne


On en a entendu parler de l’Europe, durant ces derniers jours de campagne électorale ! Pas du tout pour aller au fond de cette « grande idée » issue d’une série de massacres au sein de notre continent et de l’espoir d’une paix structurelle entre des pays qui se sont combattus durant des siècles.

L’excellent blog L’arène nue souligne cette absence de débat, alors que nombre de propositions électorales sont subordonnées aux contraintes que font peser sur les nations les outils mis en place par l’Europe ultra libérale (Maastricht, BCE et autres traités de Lisbonne ou en cours de ratification sans consultation des peuples).

Si le sujet est trop peu abordé par les impétrants, il est évoqué sous un angle très original par Der Spiegel, le grand quotidien allemand, qui fait état d’un accord oral passé à l’initiative d’Angela Merkel, entre certains dirigeants européens (l’italien Monti, l’espagnol Rajoy, l’anglais Cameron et elle-même), visant à ne pas recevoir François Hollande durant la campagne présidentielle. Certains de leurs collègues européens se sont tout de même émus de cette attitude partiale.

Pourtant François Hollande n’est pas dangereux - c’est lui qui l’a dit à Londres en fin de semaine dernière - pour l’ordre économique établi en Europe. Mais Nicolas Sarkozy est un partenaire tellement accommodant pour l’Europe libérale défendue par les coalisés, que malgré ses coups de menton et ses roulements d’épaule, il faut de toute urgence voler à son secours. La contagion du changement risquerait à court ou moyen terme de toucher les pays qu’ils dirigent.

Heureusement les citoyens français, premiers concernés par cette élection, auront le mot de la fin. Il faudra bien que les chers voisins acceptent le choix du peuple, quel qu’il soit. Espérons que d’ici là, ils auront pu entendre des débats de fond sur ce que devrait être l’Europe.

mercredi 29 février 2012

Comment peut-on être aussi lâche ?


Lors de la dernière élection sénatoriale, qui a donné à la gauche la majorité au Sénat, que n’a-t-on entendu sur le contrepoids que constituait cette majorité nouvelle par rapport à la politique menée par le président de la république.

Déjà lors du vote de la loi sur la négation du génocide arménien, on a vu à l’œuvre une belle majorité constituée de membres du PS et de l’UMP. Tout cela pour se concilier les bonnes grâces de la « communauté » arménienne et obtenir ses suffrages dans un proche avenir. Heureusement, le conseil constitutionnel, qui n’a pas les mêmes contraintes, a refusé en l’état ce texte de loi imbécile.

C’est maintenant pour donner au gouvernement toute latitude pour mettre en œuvre le MES (Mécanisme Européen de Stabilité) et les mécanismes associés, qu’il s’est trouvé une majorité de fait au Sénat, par l’abstention de la quasi-totalité des socialistes, à l'exception notable de Marie-Noëlle Lienemann.

Il y a dans cette attitude une preuve de lâcheté ou de rouerie qui ne manque pas de poser problème à ceux qui aspirent à un changement lors des élections qui se profilent. En effet, sauf à considérer que nos sénateurs socialistes sont des incapables, ils n’ignoraient pas en s’abstenant qu’ils permettaient l’instauration d’une mécanique conduisant, via le traité de stabilité de coopération et de gouvernance, à l’instauration de mesures coercitives pour les pays les plus endettés et à l’encadrement des budgets nationaux par des institutions non élues. Le tout débouchant sur une récession dramatique pour les peuples, essentiellement du Sud de l’Europe.

Si l’attitude de la gauche socialiste au sénat a été guidée par un calcul d’épicier visant à laisser la droite faire le sale boulot pour pouvoir plus tard justifier sa politique par des contraintes issues de ces traités européens, alors nous atteignons des sommets de cynisme.

Il sera difficile de faire confiance les yeux fermés à ceux qui constituent l’ossature de l’alternance. Il n’est pas certain que le vote utile soit alors le meilleur service à rendre à la France.

mardi 28 février 2012

Panem et circenses


Nos dirigeants ne sont pas toujours capables d’assurer à l’ensemble du peuple la première partie de l’expression de Juvenal, mais ils peuvent compter sur les médias pour assurer la seconde partie.

Ainsi en est-il des débats organisés entre bons clients, dont on sait qu’il sortira toujours quelques petites phrases assassines ou attitudes théâtrales. Ce fut le cas pour le débat avorté entre Marine Le Pen, invitée de l’émission Des paroles et des actes et Jean-Luc Mélenchon, avec son cortège de provocations verbales, de concours de grimaces et de refus de débattre. Il est bien dommage que les conditions d’un débat républicain n’aient pas été réunies, car il existe une partie non négligeable de l’électorat qui aurait pu être éclairée sur le socle de valeurs portées par les deux candidats. Ce n’est malheureusement pas au travers de slogans racoleurs que cette information peut être donnée.

Une autre arène médiatique encore plus excitante en période pré-électorale est le salon de l’agriculture. Qui y était aujourd’hui ? A quelle heure est-il (elle) arrivé(e) ? Combien de temps a-t-il (elle) passé dans les allées ? Quelle expression vacharde a été prononcée à l’encontre d’un concurrent ? Qu’a-t-il été obligé d’ingérer durant le séjour au salon ? De ce dernier point de vue, Jacques Chirac va manquer au tableau, lui qui ne semblait pas se forcer à apprécier les diverses et nombreuses dégustations.

Il ne manque plus qu’un concours de beauté. Certains médias n’ont d’ailleurs pas hésité à proposer des résultats de sondages, sensiblement divergents de ceux des intentions de vote au premier tour (quand même !).

Des débats de fond, discriminants pour l’électorat, sont pourtant souhaitables dans une circonstance telle que l’élection présidentielle dans la cinquième république. Quoi que l’on pense des prestations des uns et des autres, les débats de la primaire socialiste ont eu le mérite de proposer des choix clairs au sein même d’une partie de la gauche. C’est dire si le même type de débat pourrait être intéressant entre candidats de gauche et de droite, entre partisans d’une sortie de crise par plus d’Europe et partisans d’une révision de la construction européenne, etc.

Si l’on regarde les audiences de la primaire déjà citée, il est possible d’intéresser de très nombreux citoyens à des débats sans mise à mort. Le service public s’y risquera-t-il ? la démocratie y gagnerait sûrement beaucoup, de même que l’image du personnel politique dans son ensemble.